2.4.10

Eric Besson répond à Stéphane Guillon

Il est rare qu'un ministre prenne la plume dans un journal. Il est encore plus rare que ce soit pour attaquer nommément quelqu'un. C'est ce que fait le ministre des métèques et du drapeau, M. Eric Besson, à qui une chronique se voulant humoristique de M. Stéphane Guillon n'a pas plu.
In extenso, car ce genre de propos est historique, dans ce qu'il révèle de la personne chargée de traiter des affaires d'immigration, d'intégration, d'identité nationale et de développement solidaire en notre nom à tous :

Le différend qui m’a opposé à Stéphane Guillon ne relève pas de la susceptibilité blessée ou, pire, de l’appel à la censure. J’ai dénoncé, je persiste et signe, des méthodes et des propos de facho, mal déguisés sous un look bobo et une vulgate supposée gaucho. Alors pour en finir, voici quelques mises au point.

1) Après avoir quitté le studio de France Inter je n’ai appelé personne et notamment pas le président de Radio France. Je n’ai demandé ni excuses ni sanction contre Guillon. Je me fiche éperdument de son avenir professionnel, de la reconduction ou non de son contrat même si je ne suis pas dupe de sa stratégie : pousser la provocation et l’outrance jusqu’au point de rupture et chercher à mourir en martyr sur l’autel de la liberté d’expression et du courage, de gauche, forcément de gauche.

2) Les attaques récurrentes (car ce ne sont pas les premières) de Guillon sur mon physique ne m’ont guère touché : je suis un homme politique, pas un mannequin ou un play-boy. Elles me rappellent simplement les méthodes de la presse d’extrême droite de l’entre-deux-guerres et il n’est peut-être pas indifférent qu’elles soient proférées, non par un chansonnier dans un obscur cabaret mais par un «humoriste» à une heure de grande écoute sur une radio de service public autrement dit une radio qui appartient à la nation, à tous les citoyens et même au-delà, à la francophonie. Je ne suis certes pas le seul homme, ou femme, politique dont Guillon ait moqué le physique. Que l’on me pardonne d’y voir le signe des obsessions de cet acteur raté et de ses propres angoisses ou frustrations.

3) Mais ce que j’ai dénoncé avec force, ce ne sont pas les attaques glauques sur mon physique mais le racisme, oui je dis bien le racisme, de plusieurs chroniques de Stéphane Guillon. Que ceux qui épargnent Guillon pour mieux lyncher Zemmour prennent la peine de relire par exemple ses attaques sur mes origines (en la circonstance celle de ma mère) ou sur mon éventuel «mariage gris». Le racisme ordinaire est-il plus chic lorsqu’il émane d’une bouche autoproclamée «humoriste de gauche» ?

4) France Inter n’est pas « la voix de la France » et ses journalistes ne sont pas soumis à une quelconque obligation de réserve. Reste qu’il n’est pas tout à fait indifférent de présenter - mauvaise imitation gutturale à l’appui - un ministre français sous les traits d’un nazi. Le fait que beaucoup de réactions offusquées par les
chroniques de Guillon ou de messages de soutien me soient parvenues d’Afrique - dont du Maghreb - m’a réconforté.

5) Pour finir. Guillon est un lâche, tenaillé par la peur physique de croiser ses cibles sortir du studio de France Inter. En fuyant - tel un vulgaire Peillon - le face-à-face que je lui proposais et que plusieurs télévisions ou radios étaient prêtes à organiser il a définitivement confirmé qu’il est plus facile d’étriller une cible seul face à un micro que d’accepter une confrontation exigeante qui l’aurait obligé à improviser un minimum lui qui, visiblement, ne sait que lire laborieusement des textes totalement ficelés. En refusant, m’a-t-il rendu service ? Il se peut. J’ai été abreuvé de conseils d’amis m’expliquant «qu’un ministre ne débat pas face à un humoriste» ou qu’un homme politique ne doit jamais polémiquer avec un humoriste car il lui fait de la publicité. Certes… Mais nul ne m’a jamais fait courber l’échine. Et ce n’est pas ce pleutre de Guillon qui va commencer.

Le dernier § ne manque pas de charme, on sent l'invitation à régler le différend à mains nues. Quelle classe !
Mais ce sont surtout les § précédents qui ne manquent pas de souffle. Reprocher à l'ennemi ses propres défauts est un classique. Guillon serait raciste ? N'est-ce pas tordant de la part de l'instigateur du débat sur l'identité nationale ? Guillon aurait parlé de mariage gris à propos de l'union de M. Besson avec une marocaine, c'est insupportable ? Qui a inventé le concept de mariage gris, qui a décidé de faire des difficultés à l'ensemble des français souhaitant épouser des étrangers, en particulier maghrébins ? Il n'est pas indifférent de présenter un ministre sous les traits d'un nazi ? Certes. Mais si çà dépasse les limites de la légalité, devant quel tribunal est déposée la plainte de M. Besson ? D'ailleurs qui organise les contrôles au faciès, les arrestations dans les écoles, piège les gens dans les préfectures, renvoie des femmes battues, et choisit maintenant d'interdire de revenir ceux qui auront eu la malchance de se faire prendre ? Le ministre de l'intérieur, bien sûr, l'ancien occupant du poste de M. Besson... Et pas le M3I, c'est évident. D'ailleurs, on entend souvent M. Besson s'élever contre les pratiques des hommes de M. Hortefeux, puisque M. Besson n'est pas un lâche.

Guillon doit bicher : se faire prendre pour un imbécile par quelqu'un qu'on tient pour un idiot est une volupté de fin gourmet...

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2 Commentaire(s) :

Anonymous luc a écrit...

on s'étonnera que ce Besson aît omis de procéder, à celle des mises au point qui s'imposait : loin d'avoir "des yeux de fouine et le menton fuyant", comme l'a dit son adversaire, il a au contraire, des yeux fuyants et un menton de fouine.

3:41 PM  
Blogger dominique a écrit...

oui vous avez raison, c'est toujours de soi-même qu'on parle quand on se laisse aller à critiquer quelqu'un qui vous a contrarié. On croit qu'on parle de l'autre mais en fait on parle de soi. C'est pourquoi il faut bien s'écouter dans ces cas-là. Cela nous apprend beaucoup de choses sur nous-mêmes dont on n'avait pas conscience. En l'occurence il est clair que M. Besson est le seul à ne pas se rendre compte qu'il se décrit lui-même et que le portrait qu'il nous brosse de lui-même, bien que peu flatteur, est sans nul doute exact puisque c'est lui qui le dit...

6:14 PM  

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